2008: L'impensable prévisible

L'année 2008 pourrait bien être une année tournante en Amérique du Nord en devenant l'année d'un important ralentissement économique, le premier à survenir au 21 ième siècle. Les possibilités de plus en plus grandes que ce scénario se réalise tracent la voie à des changements radicaux au niveau des pratiques des gestionnaires. Ces derniers pourraient être appelés à modifier de manière significative et durable leurs façons de prendre des décisions et d'établir des priorités.   

Sans être alarmiste, l'année 2008 sonnera le glas d'une économie surchauffée depuis trop longtemps par l'euphorie des dépenses des consommateurs, la croissance mondiale insoutenable des prix de l'immobilier, la prolifération de trop nombreux mécanismes financiers à risque comme le "carry trade", les "hypothèques subprime", les PCAA (papiers commerciaux adosés à des actifs), les évaluations laxistes des agences de cotation, et surtout, le prolongement dans le temps de la politique des taux d'intérêt à rabais de la Réserve fédérale américaine.  En somme, cette situation économique impensable, mais prévisible, est le fruit trop mûr de la convergence de nombreuses variables qui ne laissaient déjà rien présager de bon, dont; le niveau record d'endettement des populations et des gouvernements Nord américains, la très vive compétition provenant du  BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), la valeur élevée des devises nord-américaines, les très bas taux d'intérêts en Amérique du Nord, le faible niveau d'épargne, l'essoufflement généralisé de la capacité d'achat des consommateurs, l'augmentation des coûts énergétiques et des matières premières. Pour le futur, ces nombreux facteurs combinés réduisent considérablement la marge de manœuvre et la capacité des différents organismes pouvant stimuler l'activité économique en Amérique du Nord à court et moyen terme.  Le seul moyen dont disposent les principaux intervenants économique est de maintenir la confiance des consommateurs envers la résillience de l'économie et espérer que l'écart entre la masse monétaire mondial et le PIB mondial s'équilibre tout en douceur.  Malheureusement, à moyen et long terme, la possibilité d'un désengagement progressif des différents gouvernements nord-américains au niveau des politiques sociales et d'aide aux entreprises, le vieillissement de la population, l'augmentation des contraintes environnementales et la diminution des ressources premières pourraient accentuer la problématique de relance de l'économie.

Dans un tel contexte, il est certain que les gestionnaires seront plus prudents et chercheront à protéger davantage leur entreprise en visant l'optimisation des activités rentables tout en éliminant celles qui ne le sont pas.  De même, l'évaluation réel des risques sera pour eux un enjeu fondamental qui nécessitera une rigueure actualisée et soutenue.  De façon plus globale, le scénario d'une purge des activités économiques non rentables devient très probable et pourrait donc toucher l'ensemble des secteurs d'activités économiques.  Les secteurs qui ne sont pas liés à des besoins ou des fonctions de base pourraient être touchés plus durement s'ils ne sont pas innovateurs et dynamiques. Il apparaît évident que le ciblage et l'évaluation structurés des activités non rentables ou risquées des organisations seront des préoccupations de gestion très importantes qui conditionneront de manière déterminante l'orientation des indicateurs de gestion des systèmes de suivi et de prise de décision. Les entreprises viseront à mieux identifier leur vulnérabilité et à disposer des données leur permettant de mieux comprendre et d'évaluer ces phénomènes en vue de réagir de façon adéquate et performante.   

L'an 2008 pourrait bien être le début d'une gestion de "l'essentiel" basée sur la meilleure évaluation des activités des entreprises, l'évaluation des risques et la réduction du gaspillage organisationnel.  Les gestionnaires qui se permettront de prendre les devants sur ces derniers points et qui effectueront une correction éclairée des pratiques de leur organisation en sortiront gagnants. Il n'est pas nécessaire d'attendre un contexte économique moins favorable, qui pourrait obliger à prendre des décision lourdes de conséquences sur le plan humain et social, avant d'entamer la réflexion qui s'impose.   

Patrice Beaudoin MPA, B.a.,
15 août 2007